Actualités

jeudi 12 mai 2011

Nouvelle mandature de Pierre Maille


Pierre Maille : " Le service public de proximité, c'est nous qui l'organisons ! "

Entretien avec Pierre Maille, président socialiste du Conseil général du Finistère, revue Finistère / Penn-ar-Bed n°121, mai 2011.

Elu président du Conseil général du Finistère pour la cinquième fois consécutive, Pierre Maille nous parle de l'organisation et des projets de sa nouvelle mandature.

 

Avez-vous modifié la nouvelle assemblée départementale en termes de fonctionnement et d'organisation ?

Ce mandat est court : trois ans seulement. Il faut être opérationnel tout de suite. Je n'ai donc pas tout bouleversé. Les commissions restent les mêmes, présidées par cinq vice-présidents expérimentés. Nous avons toujours quatre vice-présidents chargés des Pays. Enfin, pour traduire les priorités inscrites dans notre Agenda 21, un vice-président est chargé du logement et une autre est chargée des questions d'énergie. Soit une équipe de onze vice-présidents, sept femmes et quatre hommes.

Justement, cet Agenda 21 constitue le projet stratégique du Conseil général jusqu'en 2014. Quels sont ses objectifs prioritaires ?

Il rappelle, bien entendu, que les politiques sociales sont nos missions principales. Nous devons en particulier prévoir des réponses pour l'augmentation importante du nombre de personnes âgées dans les 30 prochaines années. Mais nous ne devons pas oublier non plus la jeunesse que nous voulons conduire vers son autonomie, par la citoyenneté, la formation et l'insertion professionnelle, l'aide à la réalisation de ses projets. Nous avons aussi identifié quelques enjeux spécifiques au Finistère : le logement, l'énergie, la mise en valeur et la protection de la mer et du littoral, l'emploi et le développement économique (pêche, agriculture, industrie) ainsi que deux thèmes particuliers, la culture et le service public qui aujourd'hui est maltraité par l'Etat. Nous voulons réaffirmer notre intérêt, redire l'importance que nous accordons au service public. Nous, nous sommes organisateurs de service public, quand nous mettons en oeuvre l'action sociale, quand nous rénovons ou construisons des bâtiments pour les collèges, quand nous organisons le transport départemental, quand nous participons au financement, dans les communes, des crèches ou des dispositifs d'accueil de la petite enfance... Je souhaite que, dans le Finistère, le service public soit toujours un facteur de cohésion sociale.

Les conseillers généraux élus cette année le sont pour trois ans seulement. Que pensez-vous de l'éléction des conseillers territoriaux qui vont succéder aux conseillers généraux et conseillers régionaux, en 2014, comme le veut la réforme des collectivités locales ?

A l'issue de la réforme de décembre 2010, le Conseil général existe toujours...La loi et les documents qui l'accompagnent disent clairement qu'aucune collectivité ne disparaît. Par contre, la loi prévoit la création du conseiller territorial en 2014, élu au scrutin uninominal majoritaire à deux tours dans des circonscriptions territoriales qui seront redécoupées, plus grandes que les cantons, en moyenne de 18 000 habitants. Il devrait y avoir 55 conseillers territoriaux pour le Finistère. Ces conseillers siègeront à la fois au Conseil général et au Conseil régional. Je suis hostile à ce dispositif.

Pourquoi ?

Parce qu'il a été conçu sur quelques hypothèses contestables : il y a trop d'élus, ils ne s'entendent pas entre eux, ils gaspillent l'argent... En réalité le pouvoir actuel ne supporte pas les contre-pouvoirs que représentent les collectivités locales. Parce que les électeurs vont voter pour quelqu'un qui siègera dans deux assemblées qui ont des compétences et des territoires différents. L'une, le département, territoire de proximité avec des politiques de solidarité, l'autre la région, qui a des compétences nettement différentes avec une vision à long terme, dans l'aménagement, dans la planification économique, pour des infrastructures comme le train à grande vitesse, le très haut débit réseau régional... Le système sera incompréhensible.

La clause générale de compétence, qui permet aux départements d'agir en dehors de leurs compétences obligatoires, sera-t-elle supprimée ?

Oui, la loi prévoit la suppression de la clause générale de compétence sauf pour les communes. Chaque collectivité aura des compétences exclusives qu'elle seule pourra exercer. Si nous avons la responsabilité des routes départementales ou des espaces naturels, nous serons les seuls à pouvoir intervenir. Si la région intervient sur le ferroviaire, elle sera la seule à pouvoir le faire. Il y aura des exceptions : la culture, le sport, le tourisme. Là, nous pourrons intervenir à plusieurs. La loi prévoit aussi une capacité d'initiatives, pour chacune des collectivités, sur des compétences qui ne seraient exercées par personne d'autre sur leur territoire. Je crains que, au lieu de simplifier, le résultat soit moins lisible et plus complexe. J'espère que l'élection présidentielle de 2012 apportera le changement qui nous permettra de relancer le mouvement de décentralisation initié en 1982 et de redonner des capacités d'action aux collectivités locales.

Etes-vous inquiet pour l'avenir du Conseil général ?

Non, pas pour le Conseil général, mais l'abstention est un interrogation et une inquiétude pour notre démocratie. Nous avons besoin d'expliquer à nos concitoyens comment fonctionne le service public, d'expliquer aussi que nous ne pouvons pas répondre à toutes les demandes. Mais en renforçant les processus de démocratie participative, nous pouvons mieux faire comprendre les choix, mieux associer les Finistériens à la décision que nous prenons. Nous avons aussi besoin de redéfinir les rôles respectifs de l'Etat et des collectivités dans le cadre d'une République vraiment décentralisée, comme il est inscrit dans notre Constitution. Il faut donc discuter avec l'Etat de la redistribution des financements. Aujourd'hui, quand on nou supprime la taxe professionnelle ou la taxe d'habitation, et que l'on nous donne des dotations à la place, nous ne trouvons pas notre compte financièrement. Nous avons besoin d'une réforme de la fiscalité locale qui tienne compte des différences de richesse d'un département à l'autre, et qui nous permettrait d'avoir des ressources correspondant à nos compétences.