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samedi 24 mars 2012

Présidentielle : - 29


Jour J - 29, par Bernard Poignant.

" Il est toujours imprudent, même prétentieux, de décréter qu'une élection est historique.

Généralement, on ne le sait qu'après. J'ose cependant accoler cet adjectif au rendez-vous de ce printemps 2012. Un cycle se termine, celui ouvert par les économistes néo-libéraux des années 70, mis en application par la double élection de Margaret Thatcher à Londres, en 1979 et Ronald Reagan, en 1980 à Washington, tenté à Paris en 1986 par Jacques Chirac, ralenti par François Mitterrand en 1988, prolongé par Edouard Balladur en 1993, contrecarré par le même Jacques Chirac en 1995.

Même les socialistes, de bon gré ou mal gré, ont été emportés par cette idéologie tant le rapport de force leur était défavorable. Mitterrand et Jospin ont résisté en 1981 et en 1997, mais ont dû céder du terrain. Tony Blair au Royaume - Uni et Gerhard Schröder se sont davantage pliés à cette tendance. Mais leur histoire n'est pas la même.

Nicolas Sarkozy est le dernier maillon de ce cycle : le bouclier fiscal instauré, les droits de succession quasiment supprimés, l'impôt sur la fortune allégé, les prêts hypothécaires vantés, heureusement non réalisés, l'Etat perçu comme un gêneur, l'argent érigé en valeur, présenté plus comme un produit que comme un outil, etc... Ses vacances en août 2007, dans la résidence de Georges W. Bush, valaient adhésion à ce grand mouvement né il y a 40 ans.

Les crises ont ouvert les yeux de tout le monde. Beaucoup, à gauche, avaient alerté. Aujourd'hui, l'Etat retrouve ses obligations, la protection sociale sa nécessité, les services publics leur utilité. L'appât du gain et la cupidité doivent être maîtrisés, l'argent remis à sa juste place, la finance régulée, les banques mises au service de l'économie réelle, l'impôt reconnu comme une contribution à la vie collective et à la solidarité, mais il doit être juste.

Voilà pourquoi, dans cette campagne, on parle tant de République pour s'imprégner encore plus de ses valeurs et tant de l'argent pour qu'il ne domine pas la République elle-même. Et si c'était cela le vrai enjeu de la campagne présidentielle : la République face à l'Argent. Pas pour éliminer ce dernier, car il est le nerf de la guerre et le sang de l'économie réelle, mais celui qui produit et non celui qui spécule.

C'est ainsi que je regarde et analyse le parcours de François Hollande. C'est ainsi que nous tous, socialistes, accompagnons ce parcours. Nous savons que l'héritage de Nicolas Sarkozy sera lourd à redresser. Si le peuple français lui accorde sa confiance, François Hollande aura ce devoir. Pour cela, il faut éviter les polémiques qui occultent ce temps historique, répondre quand il le faut, mais garder le calme, le sang-froid, la sérénité qu'exige ce rendez-vous de la France et des Français avec leur destin."