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jeudi 18 avril 2013

L'autre politique


On entend à nouveau cette petite musique à l’intérieur du Parti Socialiste et même de l’intérieur du Gouvernement. Dire « autre » a un gros avantage, cela laisse à chacun le choix de la politique qui lui convient. C’est une expression d’opposant et non de gouvernant. Car il faut définir le contenu de cette « autre politique », non pas dans un monde imaginaire, mais dans le monde réel du printemps 2013.

Il n’est cependant pas difficile d’en cerner les contours : « l’autre politique », c’est augmenter la dépense publique, de l’Etat comme des collectivités locales, de la sécurité sociale comme de l’assurance‐chômage. Mais à côté de la colonne dépenses, il faut mettre la colonne recettes. Il y a là deux solutions : augmenter massivement les impôts et pas seulement ceux des riches mais les avocats de cette nouvelle politique se gardent bien de le dire. Ou alors emprunter encore davantage. C’est la nostalgie de 1981.

Quand François Mitterrand franchit les grilles du Palais de l’Elysée le 21 mai, la France a une dette publique d’environ 20% de la richesse nationale qu’elle produit. Et la mondialisation n’en est qu’à ses débuts. La révolution numérique balbutie. Le mur de Berlin est toujours en place, l’URSS aussi avec à sa tête Léonid Brejnev.

Quand François Hollande franchit les portes du Palais le 15 mai, le monde n’est plus le même. La droite a doublé la dette publique en 10 ans et Nicolas Sarkozy a accru l’ardoise de 600 milliards. Malheureusement sa défaite n’a pas effacé sa dette. C’est à François Hollande de réparer les dégâts. Lui demander de lâcher les vannes de l’emprunt est irresponsable. D’autant que la France va chercher de l’argent à l’étranger pour boucher ses déficits. C’est quand même le comble : les tenants de cette « autre politique », notamment à l’extrême gauche, sont prêts à sacrifier des pans de notre souveraineté nationale en allant chercher de l’argent frais en Asie ou dans les monarchies proche‐orientales. D’accord pour produire « Made in France », pas pour s’endetter « Made in Asia ».

Le choix de François Hollande est le bon : stopper la dette et la réduire ; économiser le plus possible sans porter atteinte à nos services publics ; faire participer tout le monde et plus ceux qui ont beaucoup.
Ces tenants de l’autre politique vilipendent l’objectif des 3% des déficits publics à atteindre.
D’abord on n’y arrivera pas en 2013. Cela mettra plus de temps. On peut en effet en discuter mais au niveau européen. La France ne décidera pas seule. Pensent ainsi ceux qui proposent de sortir de l’euro et même de l’Union européenne. C’est toujours la nostalgie d’antan : la France décide, les autres obéissent. Ce temps est fini et il n’a pas existé très longtemps. François Hollande aurait préféré trouver une France dans un autre état. Il a pris celle que lui laissaient dix ans de droite. Demain on lui sera gré de tenir ferme la barre.

Bernard Poignant - maire de Quimper, chargé de mission à la Présidence de la République